• Laurie D.

Quand notre cœur amoureux est subtilement manipulé...

Jean-Charles Bouchoux, psychanalyste et psychothérapeute français a analysé le comportement des pervers narcissiques et notamment dans une relation amoureuse. Outre le fait que ce terme peut être trop fort pour identifier un malaise dans certaines relations, la toxicité de la manipulation subtile reste un drame émotionnel pour la victime amoureuse.



En effet, si ce comportement est sans danger quand, par exemple, un parent souhaite amener son enfant à faire une tâche, cela peut, par contre, faire des dégâts psychologiques importants dans un couple dont l’un des deux est manipulateur/trice et l’autre, le plus souvent, présentant un profil de dépendant affectif (voir le post sur L’influence des mémoires intra-utérines sur nos choix amoureux). Nous ne nous attarderons pas ici sur le profil spécifique des pervers narcissiques qui représentent un très faible pourcentage de la population (ils ne seraient que 2 à 3%), mais plutôt sur la composante de la manipulation relationnelle et émotionnelle laquelle est beaucoup plus courante.


Effectivement, bien que parfois très discrète et subtile, cette manipulation provoque chez la personne victime une perte de sens, une perte de confiance en soi, des doutes sur sa personne, sur sa personnalité, de la culpabilité, des croyances négatives extrêmement toxiques pour elle-même ainsi qu’une remise en question permanente de ses propres ressentis. La victime délégitime ses ressentis, ses désirs et ses intuitions, donnant tout le pouvoir à la personne manipulatrice qui choisit alors ce qu’elle en fait à la place de l’autre. Il y a un déplacement de l’énergie de l’un vers l’autre, instaurant un déséquilibre relationnel qui permet la manipulation. La confusion est utilisée par la personne manipulatrice pour instaurer une perte de sens et un brouillard mental qui empêche toute action et prise de distance. C’est là qu’elle aura une emprise mentale sur sa victime.


Le profil d’une victime est souvent une personne qui ne se connaît pas assez, ne pose pas ses limites clairement et se dévalorise fréquemment. Elle souhaite du fond de son cœur être une « bonne personne ». Par cela, elle s’interdit même de détester son manipulateur car « ce n’est pas beau » et retournera ce sentiment de culpabilité en dépression ou violence. La dépression étant un retournement de la violence contre soi-même due à la dévalorisation. Comme la colère fait partie du processus de deuil, ne pas nous l’autoriser ne permet pas de faire la transition vers une guérison. D’où l’importance de nous permettre d’oser exprimer nos sentiments négatifs de colère et de haine envers ce qui a pu être vécu pour enclencher le mouvement vers un mieux être.


Par ailleurs, au premier abord, une personne manipulatrice se montre sympathique, altruiste et même timide nous dit Isabelle Nazare-Aga, thérapeute cognitivo-comportementaliste française. Cette personne utilise la flatterie pour séduire et est toujours prête à rendre service. Les indices de manipulations se perçoivent dans le fait que la personne ne se positionne pas ou bien uniquement quand le partenaire a parlé en premier, allant dans son sens sans exprimer sa propre opinion laissant croire qu’il s’agit d’une discussion saine entre adulte. Mais ça ne l’est pas. Le choix de ne pas s’exprimer ni se positionner met le partenaire dans un malaise, dans un sentiment de brouillard mental qui n'est jamais clarifié.


La personne manipulatrice ment, fait culpabiliser le partenaire en utilisant des leviers émotionnels, attend de l’autre la perfection, a tendance à faire la morale, critique, dévalorise l’autre, se déresponsabilise, fuit les questions qui dérange, déforme et interprète les propos du partenaire pour les utiliser en sa faveur. Elle doit toujours avoir raison car se remettre en question est une trop grande épreuve qui nuirait à l’image qu’elle a d’elle-même. C’est pourquoi la personne manipulatrice projette ses ombres et ses défauts sur le partenaire amoureux, car elle n’a pas le courage ni la force de se voir réellement telle qu’elle est. Elle change d’opinion en fonction des situation et manque de cohérence entre son discours et ses actions concrètes. Par exemple, elle fait une promesse qu’elle ne tient pas ou elle attend le dernier moment pour agir si elle sent qu’elle risque de perdre son emprise sur sa victime. Elle joue avec le chaud et le froid mettant en place une dépendance affective peu saine et un rapport de force en sa faveur.


Cette dépendance amoureuse et émotionnelle ne permet pas à la personne abusée de prendre une décision claire ni de se rendre compte de ce mécanisme obscur. Le besoin d’exister dans le regard de l’autre la rend dépendante même si un malaise persiste. C’est là que le rôle de l’entourage est primordial, permettant de signaler à la victime un déséquilibre relationnel de son regard extérieur bienveillant et l'accompagner au mieux lorsqu’elle décide de s’en séparer.


Une des origines de se retrouver aux prises dans une relation malsaine en tant que manipulateur/trice ou manipulé.e est d’avoir été élevé.e par des parents toxiques ou abusifs et donc vécu cela depuis l’enfance (voir le post En quoi certaines blessures d’enfance influencent nos relations amoureuses ?). En effet, Susan Forward, psychothérapeute américaine explique que avoir été soi-même rabaissé.e, humilié.e, battu.e, trahi.e, abusé.e physiquement ou envahi.e psychiquement provoque un manque de confiance en soi profond, de la honte, des doutes récurrents, l’habitude de croire que « l’autre à raison » plutôt que d’avoir appris à « sentir ce qui est bon pour nous ».


Nous avons pris l’habitude de ne pas re-connaître et donner de la valeur à nos besoins, nos désirs, nos envies et nous avons laissé l’autre choisir pour nous, à notre place. Nous trouvons « normal » que nos besoins soient bafoués, non entendus et non reconnus. Nous avons de la difficulté à faire confiance et nous avons une pensée inconsciente sous-jacente d’être trahi.e ou maltraité.e parce que nous avons la croyances négative que nous n’avons pas droit au bonheur ni au succès. Nous ne savons pas fixer nos limites et nous sommes convaincu.e de pouvoir amener des personnes toxiques à changer et à nous aimer, comme nous l’avons rêvé vis-à-vis de nos parents. Ces parents toxiques nous ont fait croire que leurs émotions et réactions violentes ou abusives dépendaient de nous, de nos comportements et de nos actions selon qu’elles étaient « bonnes » ou « mauvaises ». Ils nous ont donné cette fausse croyance que nous étions responsables de leur humeur et que nous avions le pouvoir de les rendre heureux ou malheureux.


Par ailleurs, notre société ne fait pas la promotion d’une éthique de communication saine entre ses citoyens : nous ne l’apprenons ni à l’école, ni dans les médias et encore moins en observant nos dirigeants. Heureusement actuellement certaines initiatives citoyennes, écoles alternatives ou outils de développement personnel nous offrent des ressources et nous ouvrent à la possibilité d’un changement de fonctionnement. Tel que par exemple l'EPE qui propose des formations pour éduquer plus sainement, l’outil bien connu de la Communication Non Violente, les pédagogies de type Montessori, Freinet, Steiner,…


De plus, avoir pris l’habitude des relations de pouvoir déséquilibrées ne nous permet pas de nous rendre compte de la toxicité de ces liens. Or rien de tout cela ne fait partie de la définition d’une relation saine basée sur la communication et l’écoute, l’empathie et le respect des besoins de chacun, le droit à avoir une opinion différente et une pensée unique.


Mais alors, comment s’en détacher ?


Entamer une thérapie pour guérir nos failles est une première étape sur le chemin des relations saines permettant de ne plus attirer ce genre de profil (voir post Comment attirer la personne qui nous correspond ?). En effet, les manipulateurs et pervers narcissiques choisissent les personnes dont ils « sentent » les blessures intérieures sur lesquelles ils peuvent agir. Il s’agit dès lors de se défaire de la culpabilité, de ré-apprendre à faire confiance à nos propres sens et perceptions, se re-connecter à notre intuition, notre meilleur allié et surtout apprendre à mettre nos limites et dire non. Sortir de la position de victime et reprendre la responsabilité de notre vie, apprendre à faire nos propres choix.


Pour cela, l’outil des constellations familiales et systémiques peut aider à visualiser et comprendre les mécanismes en jeu et rendre ce qui appartient à chacune des parties. La psychogénéalogie permet de voir ce qui s’est joué dans la généalogie et via les actes symboliques, remettre chaque chose à sa juste place. Enfin, la logosynthèse est une technique intéressante également pour replacer nos énergies là où elles appartiennent vraiment.


Ensuite, couper les liens avec cette personne si aucun dialogue sain n'est possible. Cela l’obligera à choisir une autre victime ou lui donnera l’opportunité de se remettre en question. La plupart du temps, pour oser la rupture, il faudra un élément déclencheur. Cela peut être difficile comme étape, puisque cette relation d’emprise a opéré un simulacre d’amour. Mais un amour vrai ne manipule jamais.


Puis, faire grandir notre confiance en nous et reprendre notre pouvoir, acquérir à nouveau notre souveraineté. Cela opèrera un tri dans notre entourage, puisque certaines relations étaient probablement basées sur l’utilisation de nos faiblesses. A l’inverse, grandir et prendre conscience de notre puissance va faire entrer dans notre vie de nouvelles amitiés plus saines basées sur l’écoute et le respect mutuel.


Enfin, gardons à l’esprit que ces démarches prennent du temps et qu’il est normal de retomber, de faire une pause, une marche arrière temporaire ou de de pas y arriver tout le temps. Effectivement, si nous avons grandi dans une ambiance malsaine, nous avons 30, 40 ou 50 années d’handicap émotionnel à guérir et à transcender. Il est tout à fait logique que cela ne se transforme pas radicalement en quelques mois. Cela prend du temps, demande de l’espace intérieur, de la disponibilité mentale, une volonté de guérison émotionnelle, de l’empathie pour nous-même et beaucoup de bienveillance envers notre histoire passée. Cela se fait par étapes et sous-étapes et il est essentiel de fêter chaque petite victoire pour honorer le cadeau que nous nous offrons, ainsi qu’à notre descendance, de transformer nos schémas relationnels toxiques en relations libres et saines...




Pour aller plus loin :


- Consultations de love coaching ou de constellations familiales individuelles


- Isabelle Nazare-Aga « Les manipulateurs et l’amour » Editions de l’Homme, 2004


- Jean-Charles Bouchoux « Les pervers narcissiques. Qui sont-ils? Comment fonctionnent-ils? Comment leur échapper? » Edition Eyrolles, Pocket, 2011


- Susan Forward « Parents toxiques. Comment échapper à leur emprise » Edition Stock, Poche Marabout, 2000




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